Les miettes

On va se l’dire; être une femme célibataire en 2019, c’est pas toujours facile. Surtout quand on approche tranquillement, mais sûrement du big thirty. Entre les «C’est pour quand, le mari, les bébés?» et les «T’inquiètes, c’est quand on cherche pas qu’on trouve!», il faut aussi endurer les shitty Tinder dates, qui sont décevantes plus souvent qu’autrement, et scary une fois de temps en temps. #creepsaregonnacreep

On a aussi la pression de dire à qui veut l’entendre «qu’on est donc bin toute seule». On est, après tout, des femmes bien de notre temps, des femmes indépendantes, qui n’ont besoin de personne pour ouvrir un pot de cornichons ou pour avoir un orgasme. Non?

I mean, oui. On est correctes tu-seules. On a même du fun, une fois de temps en temps. Promis. On se concentre sur nous, sur notre bien-être, sur nos envies. On grow as a person, on apprend à apprécier notre propre compagnie, pis toute. Et y’en a qui sont absolument honnêtes quand elles disent qu’elles sont mieux en solo qu’à deux.

Mais moi, personnellement, j’ai hâte de rencontrer quelqu’un, pis pas juste pour une histoire d’un soir ou d’une couple de semaines.

J’ai hâte de tomber en amour.

There I said it.

J’ai l’impression qu’avouer qu’on est une romantique aujourd’hui, qu’on y croit encore, ça passe pu vraiment. C’est comme si c’était cute d’être idéaliste, mais jusqu’à 22 ans, environ. Passé this golden age, on doit «avoir des attentes réalistes», «revoir nos standards», «ne pas être aussi picky», «prendre ça comme ça vient».

À ça moi je dis; fuck non.

J’ai remarqué que la plupart des femmes que je connais qui datent – et j’m’inclus dans le tas – refusent d’avouer qu’elles ont envie d’être en amour quand un homme leur demande ce qu’elles recherchent. Elles vont répondre something funny, ou qu’elles sont plutôt du genre à go with the flow – même si c’est pas toujours vrai. Pourquoi, donc? Pour se protéger? Pour essayer de se convaincre? Pour pas faire peur?

God knows qu’il y a beaucoup d’hommes célibataires qui se laissent intimider par une femme qui a  ~ des attentes ~.  Tout est cool, toute va bin, tant qu’on est belle, fine, qu’on dit oui et qu’on demande pas grand-chose. La seconde qu’on ose exprimer un besoin, une envie (l’envie de trouver un loving partenaire en qui on a confiance et avec qui on peut évoluer en tant qu’humain, par exemple), ils prennent le bord assez vite, à grands coups d’excuses du genre; «T’es parfaite, mais j’ai rien à t’offrir présentement, j’suis pas rendu-là.» (Lève la main si ça t’es d’jà arrivé dans ces mots-là ou à peu près.)

So on a deux choix; se fermer la trappe, accepter les miettes qu’on nous donne et taire nos envies par peur de paraître needy, ou exprimer nos besoins et nos attentes… et rester toute seule, basically.

Needy. J’hais ce mot, pis je pense qu’il a été inventé juste pour qu’on se ferme la boîte. What is being needy, pour vrai? Avoir besoin de basic human decency? Avoir besoin d’amour? Avoir besoin d’être en confiance? Avoir besoin de constance?

Moi j’appelle ça… être un fucking humain.

J’ai l’impression qu’aucune femme ne parle publiquement de ça parce qu’elles ont peur de passer pour la vieille célibataire frustrée – and don’t get me wrong, je suis une célibataire frustrée. Pourtant, même si c’est pas fréquent d’en parler sur Internet, derrière les portes closes, on en parle toutes, beaucoup, pis souvent. Si c’est pas nous, c’est notre BFF qui rushe dans le dating world, pis pas parce qu’elle est niaiseuse ou moche.

C’est plutôt parce qu’on vit dans une ère où pour plaire, faut se faire toutes petites. Faut accepter l’inacceptable. Faut faire preuve de patience, faut comprendre, faut faire compromis après compromis. Faut donner tout ce qu’on a de temps et d’énergie, pour peu (sinon presque rien) en retour. Faut jouer à la mère, à l’infirmière, à la maîtresse.

Est-ce que c’est parce que les hommes veulent aujourd’hui play the field jusqu’à 45 ans?

Est-ce que c’est à cause des applis de rencontre?

Est-ce que c’est parce qu’il y a moins de nice bachelors que de nice bachelorettes?

Je sais honnêtement pas, mais j’trouve ça triste.

And I mean, c’est difficile de dire non. De dire non à des bras, d’la peau, ou à un peu d’attention parce que c’est pas assez, parce que c’est pas juste ça qu’on veut. C’est difficile de refuser des miettes quand on a vraiment fucking faim. Ça prend une force et une confiance en soi à tout casser, tbh.

Bref, j’suis tannée. Pour moi, pis pour toutes les magnifiques femmes que j’vois brailler pour des tatas, ou que j’vois courir après des hommes émotionnellement pas disponibles, qui les laissent espérer parce qu’ils aiment bin ça, avoir quelqu’un avec qui se coller quand ça leur adonne.

C’est pu un problème individuel, c’est un fléau de société, ou de génération, j’sais pu. Pis tout le monde le sait - well, toutes les femmes hétéros célibataires que j’connais.  

We’re not having a good time.

J’sais pas trop à quoi sert cet article - j’attends d’ailleurs avec impatience les commentaires du genre «OUI, MAIS NOT ALL MEN…» et «T’as pas rencontré le bon!» - si ce n’est que j’veux vous montrer que vous n’êtes pas toutes seules. We’re in this together, pis c’est pas parce qu’on n’a rien à offrir, bien au contraire.

Dating en 2019 is shitty. Ça prend un cœur fait en béton pour pas se laisser abattre. Mais ça veut pas dire que j’vais arrêter d’essayer.  

Que j’vais me contenter de moins.

Que j’vais survivre sur des p’tits morceaux d’attention, sur de l’amour pâlotte.

Non, monsieur!

Je revendique, encore et toujours, le droit d’être romantique.

 

Je le suis.

Je veux the real thing.

Pis pu jamais j’vais m’faire petite pour m’faire aimer.

Deal with it.

 

 

PS : Désolée pour l’hétoronormativité de la chose, je suis une femme hérétosexuelle et c’est (malheureusement) tout ce que je connais.